Vivre à Mayotte dans les années kalalaoui*.

De mon enfance à Dzoumogne je garde précieusement des souvenirs inoubliables dont je réalise aujourd’hui la valeur inestimable. Nous avons grandit dans un village qui n’existe plus aujourd’hui tant il a subit des transformations et une évolution qui l’a changé pour de bon. Sur certains points en bien, et sur d’autres, en moins bien. Le village de mon enfance est un endroit paisible où nous, enfants du quartier carrefour avons vécu 1000 et 1 aventures.

Récemment la mairie de Mamoudzou a mis en œuvre de reproduire un habitat traditionnel tel qu’il a été référencé dans les années 70 dans le parc de Passamainty. Inauguré lors des journées du patrimoine j’ai eu l’immense plaisir de le visiter de manière exclusive. Vous pouvez retrouver la vidéo ici 🎥

Cette visite m’a rappelé de doux souvenirs car oui, mesdames messieurs, roulements de tambours : je n’ai pas grandit dans un Château ! J’ai grandit dans une maison SIM des années 90, la case POM développée pour Mayotte d’après une commande de la DDE entre 1988 et 1997 (source) : une maison deux pièces avec une terrasse (le baraza), 2 fenêtres (une pour chaque pièces) et 2 portes. Le tout en brique de sable, toit en tôle et bois, un sol en béton ciré avec une cour assez grande pour y avoir des toilettes traditionnelles et une cuisine. Nous l’avions repeinte en vert d’eau pour les murs extérieurs et les portes et fenêtre en jaune et rouge. C’était une jolie maison au carrefour de Dzoumogne, dont le toit était recouvert de grenadelle (fruit de la passion, une plante grimpante) qui nous assurait une fraîcheur gratuite toute l’année.

Lorsqu’elle a pu se l’offrir, ma maman a entrepris de construire une pièce dédiée à la cuisine : un banga dans lequel nous pouvions installer l’électricité et l’eau, et fermer à clef. J’ai donc participé à la construction de la cuisine : un banga en torchis, toit en feuilles de coco tressé et sol bétonné. La nostalgie me gagne ! On a malaxé le mélange terre + paille puis à remplir les espace du quadrillage en bambou. On a aussi appris à fabriquer du ciment pour le sol et j’y avais même gravé nos noms et la date pour la postérité. Nous sommes en 2019 et la maison, le banga, le jardin, les toilettes n’existent plus. Tout a été remplacé par un bâtiment en béton qui accueille aujourd’hui la boutique Only du quartier Carrefour de Dzoumogne.

Les toilettes-douche c’était toute une aventure ! On remplissait le bac d’eau avec le tuyau d’arrosage (si vous avez bien suivi le tuyau était relié au robinet extérieur) que l’on recouvrait après chaque douche. Pour celles et ceux qui ont vécu ça, la douche à l’eau chaude c’est vraiment un luxe que je n’ai pas connu ! Il fallait se doucher avant 18h (heure du coucher du soleil) car :

  1. Après il faisait nuit donc tu devais aller te laver dans le noir des toilettes à la faible lumière d’une frêle bougie (et comme tu es gamin tu as peur !)
  2. L’eau qui avait chauffé la journée au soleil était déjà devenue fraîche.
  3. Il y avait des bruits bizarres et traverser tout le jardin pour te doucher c’était la mission ! J’en rigole encore rien que d’écrire ces lignes !

Chacun de ces souvenirs peuvent paraître totalement désuet, le regard de certains peuvent même dire que c’était trop rude et galère comparé au quotidien d’aujourd’hui. Mais sachez qu’il s’agit d’un point de vue. Du miens, j’ai eu une chance incroyable de connaître cette simplicité, de connaître la valeur d’une douche chaude dans une salle de bain à l’intérieur d’une maison. Nous avions aussi des gestes écologiques qu’il faut apprendre aujourd’hui alors qu’ils étaient logiques : le trou creusé pour réaliser le torchis de la cuisine s’est transformé en compost. On faisait le tri sélectif : tout ce qui est dégradable et peut retourner à la terre était jeté dans le trou. Le fait de vivre dans une cour commune m’a appris le partage et le vivre ensemble. On partage un espace commun dont tout le monde prend soin, tu cuisines pour la communauté et non de manière égoïste (l’adaptation à la vie étudiante fut une rude épreuve, apprendre à manger solo quand on a l’habitude de partager dans le plat commun…😓).

❤️ Merci Charfati de la mairie de Mamoudzou (et présidente de l’élection Miss Salouva) de m’avoir fait la visite de ce très beau projet. Si vous n’avez jamais connu l’habitat traditionnel tel qu’il existait avant l’arrivée des constructions en béton, rapprochez vous de la mairie de Mamoudzou pour visiter cette installation. Vous y apprendrez beaucoup aussi sur le style de vie à Mayotte dans les années 70-90.

Charfati qui m’a fait visiter le projet de la mairie de Mamoudzou.

Dans quelle type de maison avez vous grandit ? Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

💋

*kalalaoui : traduction littérale = le cafard; dans le langage courant on l’utilise pour désigner un temps fort lointain (l’équivalent de Mathusalem 😂)

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6 thoughts on “Vivre à Mayotte dans les années kalalaoui*.”

  1. Donc t’es une vraie mahoraise !!! Je dormirai moins bête ce soir 😝. Après avoir lu ton article je me rends compte que j’étais complètement à côté de la plaque hihihi.

  2. Oh je suis plus que touchée de ce récit et surtout ça me replonge dans la nostalgie de mon enfance. Une période de transition et où ma mère nous forcer à prendre la douche dehors (…) sachant qu’on avait tout dans la maison. C’était une torture pour moi, aujourd’hui j’en suis plus que ravie d’avoir vécue ça.

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